En lisant (sur les blogues et forums) et en écoutant (à la halte-allaitement, par exemple) des récits d'accouchement, j'ai remarqué des femmes "fières" d'avoir "réussi" à avoir un accouchement naturel et/ou "comme elles le souhaitaient". C'est parce que je n'en peux plus de ce discours que je n'aime pas les récits d'accouchement.
Selon ce raisonnement, faudrait-il avoir "honte" si on a accouché avec des interventions médicales, ce qui revient à "échouer" dans la quête d'un accouchement naturel? À en croire certaines qui s'en excusent presque, ou du moins s'en défendent, on croirait que oui. À en croire aussi certaines réactions de mères "fières" quand d'autres mères "désolées" racontaient leur histoire (c'est fou comme certaines personnes manquent non seulement de perspective, ce à quoi j'espère remédier un peu par ce billet, mais aussi de tact).
Pour ma part, j'ai décidé que non.
Tellement de facteurs peuvent influencer le déroulement d'un accouchement, par exemple:
-Le degré de fatigue de la parturiente (certaines femmes dorment jusqu'à 16h/jour dans les jours ou semaines avant l'accouchement alors que d'autres, pour plein de raisons comme d'être au travail vs en retrait préventif, d'inconfort, d'anxiété, d'autres enfants qui se réveillent la nuit, etc., peinent à dormir quelques heures par jour)
-Le fait d'avoir crevé les eaux ou non (il semble que ça soit beaucoup plus douloureux si les eaux sont crevées)
-La position du bébé (s'il regarde vers l'avant, l'arrière ou le côté): influence la douleur et la rapidité de l'accouchement
-Le moment où ça commence (le matin après une nuit de sommeil ou à 22h, juste comme on allait se coucher; ça influence entre autres la fatigue et la faim, donc l'énergie!)
-Les personnes présentes (et selon les traditions de la famille et/ou belle famille et l'origine ethnique, certaines femmes n'ont peut-être pas autant de pouvoir qu'elles le souhaiteraient pour décider de cet aspect!)
-Les professionnels présents (comment ça clique avec eux, leur philosophie, etc.): sage-femme, médecin, infirmières (celles-là, on ne les choisit jamais, mais elles ont une énorme influence sur le déroulement d'un accouchement à l'hôpital!) ainsi que l'endroit où on accouche et sa philosophie périnatale
-Le conjoint: son attitude, son degré de fatigue à lui aussi... ou parfois carrément sa présence vs son absence
-Comment va le bébé: même si maman est super-zen, si le coeur de bébé faiblit et que l'accouchement n'est pas assez avancé, on peut ne pas prendre de chances et vouloir accélérer le tout pour s'assurer de son bien-être, voire de sa survie!
Et cette liste n'est sûrement pas exhaustive...
Je ne veux pas reprocher ni enlever leur bonheur à celles qui ont accouché comme elles le souhaitaient. C'est tellement agréable quand ça se passe comme on veut! Je veux seulement mettre les choses en perspective, pour tout le monde, car je pense qu'il y a un gros facteur de chance à cause de tous ces facteurs incontrôlables. Et même quand on "a le choix"... Parfois, on "choisit" ce qui est disponible, même si c'est loin de notre idéal (par exemple, en cas de pénurie de médecins!) Aussi, pendant un accouchement, il faut parfois prendre des décisions très rapidement et à tête pas reposée du tout. Et on ne peut pas vraiment "se pratiquer" avant le jour J! Enfin, l'idéal de l'une peut être très différent de celui d'une autre. Par exemple, certaines femmes diabolisent l'épidurale, d'autres la veulent d'emblée, et d'autres en ont une vision intermédiaire...
Tout ceci pour dire que, moi, les récits d'accouchement, je n'en peux plus, parce que j'ai trop lu de femmes se vanter ou se défendre et que je trouve les deux inacceptables.
P.S.: Aux futures mamans qui liraient ceci: je crois toujours que c'est important de se renseigner sur le déroulement de l'accouchement, les méthodes naturelles et pas naturelles contre la douleur, et tout et tout... bref, d'être le mieux "théoriquement préparée" qu'on peut. Mais quand on arrive en pratique, si la belle théorie fout le camp, il ne faut pas s'en vouloir!