mercredi 12 janvier 2011

Accompagner sans pousser ni tirer

Quand on veut qu'une plante pousse, il faut lui offrir ce dont elle a besoin (eau, lumière, nutriments), mais il ne sert à rien de tirer sur la tige ou d'aller sous terre pousser sur les racines. D'ailleurs, c'Est ce qui est si beau à voir pousser des plantes: cette magie, ce développement qui ne vient pas de nous. Il en est de même des enfants: au cours de leur développement, pour plusieurs étapes il faut les accompagner sans les pousser ni les tirer et un jour, on a la surprise de constater qu'ils passent à une étape suivante, avec la même magie. Malheureusement, tout le monde ne réalise pas ça et je trouve pénible de voir certains adultes de notre entourage, bien intentionnés, essayer de montrer à mon grand des concepts qu'il n'est pas encore en âge de comprendre...

Prenons les chiffres, par exemple. Mon grand s'y est intéressé de lui-même, vers vingt mois, après avoir trouvé par hasard un jeu de cartes. Puisqu'il apprenait alors à parler, il a d'abord associé les noms des chiffres à leurs symboles, un à la fois, en commençant par le 4 et le 8 (mais je ne sais pas pourquoi ceux-là!). Il s'est mis à reconnaître les chiffres partout, sur les adresses des maisons et les étiquettes de tablettes d'épicerie, mais il ne comprenait pas encore leur vraie signification. Puis, un jour, il a compris le concept du nombre 2. Dès qu'il voyait deux objets semblables, il nous l'annonçait fièrement: "DEUX tuwer [cuillers], Maman! DEUX!". Pour lui, compter c'était: un, deux, beaucoup. Et c'est resté ainsi pour quelques mois... sauf dans la tête des adultes ci-haut mentionnés, qui s'entêtaient à lui apprendre à compter, sans sembler réaliser que son cerveau n'était peut-être pas rendu là...

Maintenant que mon grand compte de plus en plus loin, ces mêmes personnes s'entêtent à essayer de lui apprendre des additions. Mon grand ne semble vraiment pas rendu là et je n'ai pas envie qu'il apprenne par coeur que deux plus trois font cinq... Mais pas facile de dompter la parenté. Je ne suis pas du tout inquiète des aptitudes mathématiques de mon grand; d'ailleurs, depuis peu, si on lui promet six fraises et qu'on lui donne son assiette alors qu'il n'y en a que quatre, il nous rappelle pendant qu'on équeute les dernières que "il manque cinq et six, Maman! Il en manque deux!" Il n'est pas rendu au stade d'additionner abstraitement 4+2=6, mais il commence à associer les chiffres aux quantités, pas juste à un ordre. Ça viendra... Je suis certaine que ça viendra quand LUI sera prêt, qu'on le pousse ou non. Alors à quoi bon le pousser...

2 commentaires:

Manon a dit...

Toi ma nerd préférée qui voit ce que d'autre ne voit pas!

Qui utilise le quotidien de son ti-loup-des-bois pour apprécier sa propre façon de compter.

Pour moi, il fait des additions ton ti-loup! Il en aura du bagage et des associations concrêtes (au lieu d'abstraites) dans sa tête quand arrivera le temps de faire de l'abstrait!

J'ai vu et vois encore plein de trucs comme ça chez moi... J'appelle ça profiter de l'occasion pour faire des "mathématiques" ou du "français" sans que cela ne le semble, sans pousser...

Ya que toi (heu, ben ton conjoint aussi là!) pour percevoir où il est rendu ton ti-loup et à l'occasion, sans parfois t'en rendre compte, introduire de nouveau concept.

Joa a dit...

Je suis d'accord avec toi Lucie: rien ne sert de pousser. Ni pour le vélo à deux roues, les additions ou le patin! La journée que le p'tit voisin a eu son vélo neuf sans petites roues, mon grand s'est mit en tête de pédaler à 2 roues avant lui! En quelques jours c'était fait. Avant ça, il répétait qu'il n'y arriverait jamais.

Pour les additions, nous sommes en plein dedans. Je constate son intérêt et sa capacité à apprendre à compter et je lui présente des problèmes à résoudre par une addition: «Combien de trous pour rentrer dans ton ciel? (au toc) As-tu les cartes qu'il te faut pour faire ce chiffre-là?» par exemple. C'est fascinant de le voir chercher la réponse et surtout, la trouver!

C'est pareil avec ses activités de conscience phonologique à la maternelle. Il repère maintenant les sons dans les mots lorsque nous parlons ainsi que les lettres auxquelles elles sont associées dans les histoires que je lui lis.

Il me pose des colles parfois comme «Pourquoi Elle (prononcer Éli, une camarade de classe) et elle (le pronom personnel) ça se prononce pas pareil?» Heu... Il faudrait poser la question aux parents d'Elle!