jeudi 29 mars 2012

Nulle part et partout

Après la mort de mon père, la chose que je trouvais la plus difficile à accepter était que je ne le reverrais plus jamais.

C'est vraiment ça, la mort: plus jamais.

Puis, deux pensées m'ont consolée. D'abord, une parole venant du film Les invasions barbares: la junkie dit au personnage mourant du cancer que ce qu'il lui décrit, ce qu'il aime de la vie (les femmes, le vin... en tout cas, dans ce genre, c'est de mémoire), c'est son ancienne vie. Qu'il ne sera plus jamais comme ça (sous-entendu: à cause du cancer). Remarquez, un autre "plus jamais". Et avec sa maladie, c'était aussi comme ça pour mon père. Sa santé s'est détérioré si vite dans ses dernières semaines et ses derniers jours... Revoir mon père ainsi, physiquement diminué et souffrant? Non. Je ne le souhaite pas.

L'autre pensée m'est venue à la longue. J'étais triste de ne plus revoir mon père--et je le voyais, je le vois encore partout. Pas que je voie des fantômes, non. Mais, par exemple, en sortant ma recette de muffins à la citrouille imprimée deux ans plus tôt à partir d'un courriel de ma mère, je le vois: sa photo en orne un coin, puisque cette adresse courriel lui était associée dans mon carnet d'adresse informatique et que le logiciel imprime toujours la photo associée dans ce cas. Plein de petits détails de la vie me ramènent à lui: il aimait tel fromage, il disait toujours le même commentaire au sujet de tel fruit... Je sors mon vieux portable PC pour utiliser un logiciel qui ne fonctionne pas sur notre ordi habituel--mon père me l'avait payé pour mon retour aux études. Et ainsi de suite... J'en suis donc venue à la conclusion qu'au contraire de ne plus jamais le revoir, je le verrais toujours partout. Ne dit-on pas que c'est par nos souvenirs que les défunts restent parmi nous?

***

Quelques jours avant mon anniversaire, je trouve une grande enveloppe venant de ma mère dans la boîte à lettres. Elle était un peu pliée, comme une vague--je n'en ai pas fait de cas, avec la poste, ça arrive... Dedans, ma carte d'anniversaire. Tout de suite, je me suis mise à pleurer. Ma première carte de fête sans la signature de mon père. Ma première fête depuis sa mort.

Puis, je vois une toute petite note de ma mère au verso de la carte. "Trouvée "ondulée" dans les affaires de ton père". C'est lui qui avait acheté cette carte un jour--et cette vague, on peut dire que c'est sa signature, lui qui ne faisait pas toujours attention aux choses... Cette année encore, j'ai une carte de mes parents au pluriel.

***

Une amie m'a dit que ça prenait au moins un an faire un deuil gros comme celui d'un parent, histoire d'avoir fait le tour de toutes les "premières" sans lui: Noël, anniversaires... Ça a du sens, mais ce n'est qu'avec cette histoire de carte de fête que je le réalise pleinement. Et encore... L'an dernier, à Noël, la poussière retombait après un mois de novembre cahotique avec son hosptialisation, son décès et le rush de préparation des funérailles. J'étais soulagée de pouvoir fêter Noël sans m'inquiéter de lui, sans courir. J'ai l'impression qu'il va plus me manquer au prochain Noël...

6 commentaires:

Clo l'écolo a dit...

oh Lucie... je partage ta peine même si je n'ai pas perdu quelqu'un d'aussi proche encore... gros câlin xx

Anne-Lune a dit...

J'ai les larmes aux yeux, pleine de sympathie. Parce que je sais que j'aurai un jour à vivre tout cela.

Ton texte est superbe et tu as bien fait de l'écrire. Ça fait partie du deuil.

Je te fais un gros câlin, ma belle... xxx

Véro a dit...

Oh que je te comprend... j'ai perdu ma mère au début décembre et j'appréhende les prochaines premières fois. Sa fête a été ce mois-ci, je n'étais pas très parlable mettons..

Je t'envoie un gros câlin virtuel, même si on ne se connait pas xxx

Manon a dit...

Il sera toujours avec toi Lucie...

Maintenant je comprends ceux qui "compte les anniversaires de décès"... En décembre dernier ça a fait 5 ans pour mon père.

J'aurais jamais cru compter les anniversaire de "plus jamais là, mais toujours présent dans notre coeur". Malgré moi, je les compte.

Bisou à toi et ta famille

Michèle a dit...

Quel beau billet touchant. Je ne peux que me mettre à ta place et me dire qu'il me manquera mon papa moi aussi quand il ne sera plus.

Merci.

J'aime beaucoup ton style d'écriture, je reviendrai!

Julie a dit...

Quelle belle carte d'anniversaire!
Mes meilleures pensées.